Eva
Eva
Eva vivait d'un amour tranquille et serein, sans faille, à moins que les failles ne fussent si ténues qu'elle ne les vît même pas. Elle vivait d'un amour qu'elle croyait bâti sur des remparts tant il était ancien. Elle aurait pu continuer sa route ainsi sans se poser de questions et voir l'or de l'automne approcher sereinement.
Pourquoi a-t-il fallu qu'il arrive, le magicien venu d'ailleurs ? Quel vent un peu trop impétueux l'a fait entrer dans la forteresse de son cœur ?
Il est venu par des routes invisibles, celles qui se tissent dans la nuit entre les étoiles, et sur ces fils légers, s'est mis à chanter.
Qui peut résister au chant d'amour d'un troubadour ? Peut être ceux qui ignorent que le verbe est magie, que le mot est lumière, qu'il irradie même quand la nuit est noire.
Elle a voulu fermer sa fenêtre une première fois, mettre les contrevents, sceller son cœur, il s'est alors envolé dans la nuit mais son chant résonnait encor et la brise au matin déposait des larmes d'or sur les mots qu'ils n'osaient plus dire.
Et puis un soir de févier, quand la terre s'est offerte au renouveau, la voix du magicien a passé les plaines et les monts, le mur des interdits et l'interdit des rêves.
Il a semé tendrement les premières graines de leur nouveau printemps, celui qui n'a pas d'age, celui qu'on voit grandir à toutes saisons, celui qui est si ténu qu'un simple souffle peut effleurer mais si puissant, comme un roseau face à la tempête, celui qui pousse dans le cœur.
Il a brillé des mille feux de son habit, le magicien né de la nuit, et son rire venu de la mer a résonné au-delà des dunes et des collines et ses mots chargés d'embruns et de soleil , d'algues et de fleurs, ont ondulé sur le fil de sa plume.
Eva ne sait plus où va sa route, elle erre au gré de cet amour insolent et magique qu'il a tissé pour elle, cet amour si réel dans son irréalité, tendre et violent comme un soleil d'été.
Eva s'est elle perdue pour se retrouver ?